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أخبار وطنية Suite au décès de son mari par le coronavirus: Madame Samira Choubana publie ce témoignage

نشر في  20 سبتمبر 2020  (11:41)

Suite au décès de son mari atteint par le virus Corona, Madame Samira Choubana a publié un témoignage révélateur que nous reprenons ici: 
"Jeudi 23 juillet, mon mari a des courbatures, il tousse ; on pense tout de suite à une grippe. Fervex, paracétamol... Dimanche 26, fin d'après-midi, il commence à avoir de la fièvre. Lundi j'appelle le 190. Ils viennent prendre un prélèvement mardi 28. Le problème c’est que 48 heures plus tard, toujours pas de résultat.
Son état se détériore jeudi 30, on appelle un médecin urgentiste qui trouve le taux de saturation en oxygène faible. Au bout de 3 heures de soins, il nous conseille de l'hospitaliser. A minuit, il est admis dans une clinique du Centre urbain nord (10 mille dinars le chèque de caution). Il passe la nuit dans le service réa.
Le lendemain, vendredi 31 juillet, après 72 heures, un médecin me téléphone pour nous donner le résultat du test : positif ! Il décide de le transférer au centre COVID19 de l'Ariana de l'hôpital Abderrahman Mami.
On apprend par la suite que ce centre a fermé, faute de patients et que mon époux a été installé dans le service réa. Or, on n'avait droit à aucune visite, aucune information. Un médecin (femme), un peu plus empathique que ses confrères a autorisé mon fils à appeler une fois par jour pour demander des nouvelles.
Chaque fois, il trouvait un médecin différent qui se contentait du sempiternel : état stationnaire. Il y en a même un qui lui a fait un scandale: qui vous a donné ce numéro ? Qui vous a autorisé à nous appeler et à nous déranger en plein service ?
Trois semaines d'angoisse, trois semaines de silence, trois semaines de solitude. Deux informations: le 4e jour, il a été intubé et le 20e jour, il a fait une infection. Puis le lendemain, le coup de fil tant redouté : il est décédé.
Quand? Comment ? Pourquoi? Aucune explication. Aucun égard pour la famille. Aucune compassion. Aucune empathie. Qui s'est soucié de l'épouse qui a tout essayé pour le voir, même de loin pour lui faire ses adieux ? Étant elle-même porteuse du virus, quel risque y avait-il à lui permettre de voir son mari une dernière fois avant qu'il ne passe de vie à trépas ?
Qui a pensé à parler au fils et à lui expliquer la gravité de la situation, le protocole suivi, le traitement donné ? Personne pour nous répondre : a-t-il souffert ? A-t-il compris que c’était la fin ? Quelqu'un lui a-t-il fait dire la chahada ? A-t-il eu droit à une toilette funéraire ? Si on avait pensé à la COVID19 plus tôt, si on nous avait communiqué le résultat du test à temps (au moins au bout de 48h) aurait-il pu être sauvé ? Des « si », des questions qui, un mois après, continuent à nourrir mes insomnies.
Quant à la suite, je n'ai qu'une seule remarque à faire : perdre un être cher à cause de la COVID19 c'est vivre une double épreuve, subir une double peine, souffrir de son départ mais aussi de la difficulté de faire son deuil.
Ne pas voir la dépouille, ne pas dire adieu, ne pas demander pardon, ne pas veiller son défunt, ne pas l'accompagner à sa dernière demeure, il faut qu'on soit des êtres avec des supers pouvoirs pour traverser tout ça sans s'effondrer.
Et bien sûr, personne n'a pensé à mettre en place des cellules psychologiques pour les familles des défunts. Pour le Ministère de la santé, pour l'Observatoire, pour les médecins, les victimes de la COVID19 restent des chiffres qu'on met quotidiennement à jour, quant aux leurs et ce qu'ils traversent, ce ne sont que des dégâts collatéraux.
Mondher, repose en paix, l'éducation qu'on a donnée à nos enfants en a fait des hommes solides. Le plus dur reste les réponses que je dois apporter aux questions des petits-enfants. Quant à moi, ne t'inquiète pas, I will survive! Ça prendra le temps que ça prendra."